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Climat et santé mentale, étroitement liés

Qu’est-ce que le climat et le psychisme humain ont à voir l’un avec l’autre ?

Beaucoup. Pour commencer, réchauffement climatique et autres menaces qui pèsent sur la vie terrestre sont des conséquences directes de l’activité industrielle humaine. Il n’y a qu’une chance infime qu’il n’en soit ainsi. Qu’on en arrive si loin, c’est la nature de la bête. Guidés par l’instinct de survie et d’expansion, par la curiosité et l’audace, mais aussi par l’esprit grégaire et l’angoisse du positionnement social, les hommes ont effectivement conquis la terre. Ils sont en train de la détruire et cette prise de conscience percole difficilement. C’est profondément humain : habiles à évaluer et manipuler des situations à petite échelle et à court terme, nous sommes faibles quand il s’agit de comprendre les « hyper structures » comme le climat ou la surpopulation.

Comme des moutons et des animaux domestiques, nous courons dans le piège d’un irréversible désastre écologique. Guth Speth, avocat spécialisé en droit de l’environnement, affirme que la disparition de la biodiversité, l’effondrement des écosystèmes et le changement climatique ne sont pas les problèmes écologiques les plus importants ; il pointe l’égoïsme, la cupidité et l’apathie. Peut-être est-ce un peu moraliste, mais pour le moins réaliste quant au rôle que le psychisme humain joue dans la construction et le maintien de l’état d’urgence écologique actuel.

L’inverse est tout aussi vrai. L’expansion effrénée de l’activité industrielle cause quantité de problèmes psychiques. Dans le monde industrialisé, les objectifs de consommation et de croissance économique sont sources de stress, d’angoisse, de solitude, de burn out, de dépression et d’addictions. La psychose et la bipolarité, les désordres alimentaires augmentent. Et par-dessus tout, les problèmes de santé physique : obésité, diabète, maladies cardiovasculaires, difficultés respiratoires en tous genres causées par la pollution. L’industrialisation débridée crée des inégalités croissantes, conduisant à la frustration et à la détresse individuelle. Le battage médiatique autour du « bien-être » n’est que le reflet de l’augmentation du mal-être profond des humains qui ne doivent pas apprendre à vivre sans posséder de plus en plus. Être heureux n’est pas tant déterminé par notre condition humaine que par le mode de vie de nos voisins, puisque nous sommes installés dans un individualisme hyper compétitif. Les inégalités économiques et sociales nous rendent donc bien malheureux.

A l’échelle mondiale, l’économie de marché et l’industrie sont responsables d’une disparité croissante entre pauvres et riches, qui à son tour joue un rôle dans les tensions internationales et les flux migratoires.

Le malaise de l’homme moderne et l’impasse écologique ont donc les mêmes racines mais ils s’influencent aussi. La menace apocalyptique d’un changement climatique irréversible et de toutes ses conséquences est niée par certains ou refoulée. Mais tout dernièrement, le réchauffement de la terre semble laisser l’opinion publique moins froide qu’avant. Cette considération croissante provoque la révolte chez certains, chez d’autres le fatalisme, la résignation ou même la dépression. A nouveau, que cela ne suffise pas à nous faire changer de cap est bien humain : pensons à toutes ces choses que nous continuons à faire alors que nous savons pertinemment bien qu’il y a mieux. De cette manière, le dérèglement menaçant de la nature entraine dans une spirale descendante la santé mentale de l’homme moderne.

Réchauffement climatique et malaise psychique contemporain forment ainsi un double diagnostic.

Comment empêcher que l’affection soit fatale ? Nous pouvons essayer de la contrôler, mais le contrôle ne suffit pas et entraîne la frustration. Dans notre monde globalisé, le contrôle, cette régulation venue de l’extérieur, prend la place de la confiance, cette motivation jaillie de l’intérieur.

Faire confiance est plus naturel et agréable, mais exige un vrai contact humain, ce bien menacé que les réseaux sociaux ne remplacent pas. Il semble aussi que la conscience de l’écologie et l’écologie de l’esprit vont main dans la main. Un style de vie éco-conscient peut non seulement parer les menaces climatiques, mais représente aussi un mode de fonctionnement plus sain pour le corps et l’esprit. Prendre soin du vivant, marcher ou faire du vélo au lieu de conduire un véhicule ou de prendre l’avion ; prendre du temps pour la famille et les amis au lieu de consommer des biens matériels. Ce sont quelques exemples de la concordance entre prendre soin de l’esprit et prendre soin de l’environnement, dans l’intérêt de chacune des parties.

Heureusement, la race humaine est transformée par chaque nouvelle génération. Aujourd’hui se lève une jeunesse qui prend à cœur de manière inédite un engagement en faveur du climat. La menace climatique n’est pas une « fake news », c’est même une « old news ». Mais combien surprenantes et rafraîchissantes la passion et la bonne volonté de cette nouvelle génération de « jeunes pour le climat ». Leur message est à prendre au sérieux par tous les membres de la société. Ce qu’ils nous disent fait écho et renforce ce que nous savions depuis longtemps déjà : nous devons vivre autrement. Ce qui est bon pour le climat et pour le vivant l’est aussi pour la santé mentale. A petite échelle, directement, modestement, équitablement. Pour une vie plus juste, plus humaine, plus universelle, plus reposante, plus paisible.

L’écologie et la santé mentale : un seul combat.

Psychiatres pour le climat : Prof Dr Erik Thys, Dr Caroline Van Damme, Dr Dirk Monsieur, Dr Sam Deltour, Dr Kristien Berwaerts, Dr Géraldine Einfinger.